L’importance de l’hygiène dentaire est reconnue depuis des siècles. Les plus anciennes civilisations pratiquaient déjà le nettoyage des dents. Depuis le fusequoir dans l’Antiquité jusqu’aux brosses à dents connectées actuelles, les techniques et même les technologies ont évoluées de manière faramineuse. Aujourd’hui, l’hygiène dentaire s’est vulgarisée : le brossage est inclus dans la toilette quotidienne et la brosse à dents est présente dans tous les foyers. Pourtant, son utilisation n’est pas systématique et son usage encore perfectible.

Une instrumentation rudimentaire durant l’Antiquité

Selon l’état actuel des recherches archéologiques, il semble bien que le cure-dents soit le plus vieil instrument d’hygiène dentaire ayant existé. En effet, on le découvre déjà dans des trousses de toilette de l’Âge de Bronze trouvées en Mésopotamie dans la ville de Ur. On rencontre dans les écrits de nombreuses civilisations des traces de son utilisation.

Dans le Susruta, manuscrit de médecine indienne datant de l’an 600, on met en lumière la nécessité de retirer le tartre en nettoyant les dents au réveil avec un morceau de bois à l’extrémité entaillée. En Grèce, Galien quant à lui conseille l’emploi de pistacia lentiscus comme cure-dents. À Rome, on utilise le dentiscalpium. Ce petit instrument au bout pointu est taillé dans la plume, l’os ou encore le bronze. Chez les classes les plus aisées, ils sont finement décorés. Par ailleurs, l’ancêtre de la brosse à dents a été découvert dans des tombeaux Égyptiens de 3000 ans avant JC. Il s’agissait d’une tige de bois fibreux à l’extrémité effilochée utilisée comme un pinceau.

Prémices de la brosse à dents dès le Moyen-Âge

Si la médecine progresse durant le Moyen-Âge, le mérite revient aux Byzantins et aux Arabes. En effet, en Occident, la superstition, les croyances religieuses et même les sortilèges sont encore très présents. L’hygiène dentaire se résume à une esguillette (ancêtre du fil dentaire).

En Orient, Rhazès utilise le siwak, petit bâtonnet taillé dans le bois d’arak avec des poudres dentifrices fabriquées à l’aide de mastic, de sel et de myrte.

Siwak

Abulcasis (Abu Al Qasim) quant à lui effectue les premiers détartrages qu’il nomme « rugination ». Il explique ainsi : « ruginez les dents et les molaires qui vous présenteront ces concrétions ou dépôts graveleux jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien […]. Sachez que la rugination des dents se fait avec des instruments de formes variées en raison de l’usage auquel vous les destinez ». Il précise qu’il faut « pour soigner les dents, divers instruments de formes diverses, selon l’intention qui préside à [notre] travail. C’est pourquoi les rugines avec lesquelles [nous raclons] les dents de l’intérieur sont autres que les rugines avec lesquelles [nous les raclons] de l’extérieur et celles avec lesquelles [nous travaillons] entre les dents sont encore autres ».

Instruments pour le nettoyage des dents. Traité d’Abulcasis

Un peu plus à l’Est, vers la fin du XVe siècle, c’est en Chine qu’apparaît la brosse à dents telle qu’on la connait actuellement. Le manche est fait d’os, d’ivoire ou de bois et des poils de sanglier y sont plantés après avoir subis un nettoyage scrupuleux. Mais cette soie naturelle comporte un canal médullaire qui constitue un environnement parfait pour la prolifération des bactéries.

Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, l’hygiène buccale est principalement motivée par des raisons religieuses ou esthétiques et réservée aux classes les plus élevées. Il faut attendre le début de la Renaissance avec l’invention de l’imprimerie pour que ces instruments et ces techniques soient diffusés à grande échelle.

Renaissance et Ère contemporaine : une avancée considérable

En 1594, le chirurgien Jacques Guillemeau utilise encore le cure-dents : « j’ay faict autrefois, de prendre vn peu d’eau forte, avec le bout d’vn petit baston, gris comme le bout d’vne plume […] et d’iceluy baston gratter la dent ».

C’est au XVIIIe siècle, avec l’avènement de la brosse à dents en Occident que le cure-dents tombe peu à peu dans l’oubli. L’anglais William Addis fabrique les premières brosses à dents dont le modèle est semblable à ceux employés à l’heure actuelle. Sa société utilise des manches en os et des soies en crin de cheval.

Certains restent encore figés sur les anciennes méthodes. Claude Mouton indique utiliser « ces petits bâtons effilés par 2 bouts en forme de brosse […] étant en bois fibreux dont les bouts en les effilant forment un petit pinceau ou une espèce de brosse assez forte pour pénétrer dans les interstices des dents ». D’autres adoptent la brosse à dents moderne et ne s’en séparent plus. L’histoire relate que Napoléon ne s’en allait jamais en campagne sans prendre dans son attirail sa brosse à dents personnelle.

Brosse à dents de Napoléon

Pierre Fauchard, père fondateur de la dentisterie moderne, juge ces brosses à dents trop dures et redoute qu’elles n’abiment l’émail. Il préconise de les substituer par de fines éponges imprégnées d’eau chaude et d’eau-de-vie. Cependant, en 1826, Auguste Taveau démontre la supériorité de la brosse à dents vis-à-vis de l’éponge, il l’explique ainsi : « on peut aujourd’hui s’en procurer d’une extrême finesse, avec des formes variées qu’on leur donne pour que rien de ce qu’elles doivent atteindre n’échappe à leur action, enfin, le prix modique auquel on les établit et qui permet de les renouveler aussitôt qu’en s’usant les crins deviennent plus durs ». Dans ce début de XIXe siècle, l’armature de la brosse est faite d’os ou de bois et les brins sont en soie de blaireau, de chèvre, de porc et de sanglier.

En 1937, les poils d’animaux laissent place à la soie artificielle avec l’apparition du nylon. Mais ces poils première génération sont trop durs et agressifs vis-à-vis des gencives. Progressivement, leur épaisseur sera réduite et leurs terminaisons adoucies. Désormais, les brins sont souples et respectueux de la gencive. Tout au long du XXe siècle, ils seront davantage améliorés pour répondre au mieux aux besoins des soins d’hygiène dentaire.

Envolée technologique actuelle

La brosse à dents manuelle que nous utilisons aujourd’hui existe déjà depuis plusieurs années. Toutefois, c’est son design qui a beaucoup évolué. Le but étant de la décliner pour chaque individu : une taille réduite et des couleurs ludiques pour les enfants, un manche facilitant la préhension pour les personnes âgées, des systèmes de replis pour les voyageurs …

En 1959, les usagers ont vu apparaitre sur le marché les brosses à dents électriques. Depuis, elles ne cessent de se perfectionner : les têtes sont interchangeables, l’intensité est réglable et on dispose parfois d’un minuteur ! Aujourd’hui, ces brosses à dents sont mêmes « connectées ». En effet, elles communiquent avec le smartphone pour informer l’usager du temps de nettoyage nécessaire, de la force exercée sur la muqueuse ou encore de la qualité du brossage. De plus, pour divertir l’utilisateur dans sa routine quotidienne, elles peuvent lui indiquer le fil de l’actualité, mettre en route un morceau de musique ou notamment pour les enfants, proposer des jeux visant à améliorer la méthode de brossage.

Brosse à dents connectée Oral B

Ces dernières années, une nouvelle technique a vu le jour. Il s’agit de la brosse à dents à ultrasons. Le brossage s’effectue de manière passive, nul besoin de frotter. En effet les ondes se propagent dans toute la bouche et assurent ainsi une réduction de la plaque significativement supérieure à celle d’une brosse à dents manuelle d’après une étude réalisée en 2015. De plus elle est silencieuse, non agressive pour le parodonte et non dangereuse pour l’organisme.

Récemment, un brevet a été déposé pour la conception d’une « brosse à dents » automatique, dite « brosse à dents paresseuse ». Il s’agit en réalité d’un boitier dont la forme est celle de l’arcade dentaire. Les brins, fixés à l’intérieur, sont actionnés par des vibrations soniques et assurent le brossage simultané de chaque face de chaque dent de l’arcade. Le temps de brossage est ainsi fortement réduit. Le recul clinique n’est pas encore assez suffisant pour affirmer la supériorité de ce type de brosse à dents face à un modèle classique, toutefois, rien n’empêche aujourd’hui de dire qu’il pourrait s’agir du futur gold standard en termes d’hygiène.

Brosse à dents automatique 360°
Y-brush

Le musée


Étui de 9 instruments à détartrer
Métal, 5cm chacun
Fin XVIIIe siècle

Ensemble de 7 curettes
Manches en ébène, 16cm chacune
Fin XIXe siècle

Ensemble de 9 instruments à détartrer (7 rugines et 2 grattoirs)
Manches en ivoire, 14cm chacun
XIXe siècle

Ensemble de 8 instruments à détartrer
Manches en ivoire, 12,5cm chacun
XIXe siècle

Rugines
Manches en ivoire, 12 à 14cm
XIXe siècle

Coffret de 24 instruments à détartrer (manche manquant)
Métal, 16 x 7cm (coffret), 4,5cm (instruments)
XIXe siècle

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