Pendant des siècles, les caries sont attribuées à des vers qui rongent les dents. Bien que certains pratiquent déjà le nettoyage mécanique de la cavité, l’avulsion de la dent causale reste longtemps le traitement de choix. Il faut attendre le XIXe siècle pour que les tours dentaires viennent en révolutionner sa pratique. Aujourd’hui, la conservatrice est une discipline à part entière qui ne cesse de se perfectionner tant par ses instruments que par ses matériaux d’obturation.

Antiquité et Moyen-Âge : des techniques encore primaires

Dès l’Antiquité, les caries sont soignées par obturation sans réelle préparation préalable. Les recettes sont nombreuses et leur efficacité aléatoire. En Égypte, on utilise un mélange de natron et de résine de Térébinthe. Lorsque la douleur est violente et n’est pas calmée par la mixture appliquée, la dent est condamnée. Galien évoque déjà en l’an 100 l’utilisation d’instruments visant à percer la dent mais ce uniquement dans le but d’y placer un remède. Il écrit : « si le mal ne cède à aucune de tes ordonnances et que la douleur continue avec violence, perfore la dent avec une fine tarière et utilise alors les remèdes mentionnés car, de cette façon, ils seront plus efficaces ».

Au Moyen-Âge, Rhazès utilise l’alun et le mastic pour obturer ces cavités. Avicenne quant à lui préconise en cas de douleurs vives d’utiliser un foret fin pour infiltrer le calmant. De la même façon, d’Arcolani utilise la fraise pour faire pénétrer le cautérisant.

Ainsi pendant plusieurs siècles, l’ancêtre de la fraise ne sert qu’à atténuer la douleur et non à éliminer la carie. C’est à partir de la Renaissance que les limes et les rugines vont venir servir à cet effet.

Un tournant majeur durant la Renaissance

Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que l’on voit apparaitre les premiers instruments employés pour l’élimination du tissu carieux. Les limes et les excavateurs commencent à être adoptés par les praticiens de l’époque. Au XVIIe siècle, c’est de manière fortuite que Cornelis Solingen utilise pour la première fois la fraise pour égaliser les dents de son patient : il s’agit de l’ancêtre du tour manuel.

C’est grâce à Pierre Fauchard que l’instrumentation dentaire connait un nouveau souffle. Il démontre l’intérêt de trépaner la dent pour permettre sa conservation et éviter au maximum son avulsion. Il utilise les rugines mais surtout la lime pour éliminer les tissus cariés notamment les caries proximales : « il est très nécessaire de limer les dents qui se carient par leurs parties latérales et de les séparer les unes des autres pour arrêter le progrès de la carie ». Quant à l’instrumentation rotative, il construit une machine à manivelle mais se sert principalement d’un archet de bijoutier pour mettre en mouvement un foret ou d’un équarrissoir. Pour obturer la dent, il utilise le plomb ou l’étain en s’aidant de fouloirs et de brunissoirs.

Tour à archet de Pierre Fauchard

Le principal inconvénient de ce type d’instrument est l’accessibilité. En effet, il est difficile d’atteindre la partie distale d’une molaire avec une lime droite. Robert Bunon indiquait : « la cure de la carie est plus ou moins difficile selon la localisation du mal » et ajoutait que « si elle est profonde, il faut en arrêter la progression en grattant avec des excavateurs les parties noires, molles ».

Bien que les techniques ne soient pas encore optimales, le traitement de la carie a évolué de manière remarquable rendant les avulsions de plus en plus rares.

Perfectionnement des tours dentaires durant l’Ère contemporaine

Au cours du XIXe siècle, l’assainissement mécanique de la cavité est simplifié par l’arrivée de nouveaux instruments : excavateurs acérés, fraises manuelles, porte-foret permettant de tailler dans les trois dimensions puis dans tous les sens. Mais c’est principalement avec l’avènement des tours dentaires et la découverte de l’énergie électrique que l’instrumentation va connaitre une réelle innovation.

En 1804, Serre explique qu’« un foret est un instrument qui a plutôt la forme d’une aiguille à tricoter et l’on s’en sert pour pénétrer dans la cavité de la dent lorsqu’on pense qu’elle contient du pus ». En 1841, Joachim Lefoulon expose dans son manuscrit de « meilleurs excavateurs en forme de cuillère » ainsi que toutes sortes de fraises manuelles. Cependant, ces fraises possèdent les mêmes inconvénients que leurs ancêtres : elles sont mues à 2 mains et leur taille importante rend leur usage difficile.

La première évolution majeure survient en 1860 lorsque l’anglais Georges F. Harrington échafaude la machine « Erado ». Ce tour dentaire fonctionne par un mécanisme d’horlogerie et peut, contrairement à ses prédécesseurs, être actionné à une seule main. Il présente une autonomie de 2 minutes ce qui est pour l’époque, révolutionnaire. Toutefois, il émet un bruit assourdissant rendant nécessaire pour ses patients de se couvrir les oreilles durant l’intervention.

Tour « Erado » de Georges F. Harrington

La seconde étape décisive intervient en 1871 lorsque James Morrison met au point le premier tour à pédale. Désormais, le praticien peut utiliser ses deux mains et la taille est nettement plus efficace, grâce à une vitesse de rotation atteignant les 600 tours par minute. Dès lors, le tour à pied va connaitre des améliorations constantes jusqu’en 1883 lorsqu’il est remplacé par un moteur alimenté par batterie puis par réseau. Parallèlement, les fraises en pierre de corindon laissent place aux fraises en carborundum en 1891.

Le tour dentaire électrique de Williamson arrive sur le marché en 1890. Il est maintenu par une potence ou suspendu au mur et atteint des vitesses de 3000 tours par minute. En 1911, Émile Huet est l’un des premiers dentistes à admettre l’avantage d’élever la vitesse des instruments rotatifs. Il atteint les 10 000 tours par minute, mais malgré ses performances, l’engin, n’étant pas conçu pour de telles vitesses, subit un échauffement et se bloque in fine. Quant aux fraises rotatives, elles sont désormais diamantées ou en carbure de tungstène.

Le dernier événement marquant dans l’histoire de nos tours dentaires est l’introduction des turbines hydrolytiques et à air comprimé dans les années 50. Depuis le Dentalair de Norlen jusqu’au Airtor de Borden en passant par le Turbojet de Nelson, la vitesse de rotation des turbines connait une augmentation sans précédent pour atteindre en 1957 les 300 000 tours par minute.

Turbines hydrolytiques
de Nelson

Pour l’obturation des cavités ainsi formées, l’or est longtemps employé, en feuille ou coulé. Mais son coût est élevé et rend nécessaire la recherche de nouveaux matériaux. C’est dans ce contexte qu’est créé l’amalgame en 1819. Sa préparation est l’objet de nombreuses modifications jusqu’à obtenir une formule définitive en 1910. Toutefois, l’amalgame présente un inconvénient majeur : sa couleur. C’est ainsi que naîtront les ciments translucides, les résines et les composites.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

En l’espace de 40 ans, la vitesse de rotation des tours dentaires est passée de 3000 à 400 000 tours par minute. Ces contre-angles alliant à leur grande vitesse une taille réduite ont permis de faciliter la réalisation des cavités et d’éliminer les dangers liés au dérapage et au blocage des fraises.

Aujourd’hui, le laser assure la vitrification de l’émail tout en protégeant la pulpe. Cette envolée technologique constitue un réel challenge dans le traitement des caries afin d’assurer l’élimination du tissu carieux sans frottement ni échauffement. Peut-être un jour se substituera-t-il aux tours dentaires ?

Le musée


instruments pour Excision de carie


Sonde
Métal, 20cm
XXe siècle

Ciseaux droits
Métal, 14 à 15cm
Début XXe siècle

Ciseau droit et ses embouts interchangeables
Manche en bois, 14cm
Fin XIXe siècle

Rugines
Métal, manches guillochés, 14,5cm chacune
Début XXe siècle

Rugines
Métal, 14cm chacune
Fin XIXe – début XXe siècle

Lime
Manche en ivoire, 13,5cm
XIXe siècle

Ensemble de 20 excavateurs
Métal, 14 à 15cm
XXe siècle

Porte-lime
Manche en ivoire, 15cm
XIXe siècle

Fraise boule à main
Manche en ivoire, 18,5cm
XIXe siècle

Collection de 9 instruments (cautères, excavateurs, rugines, brunissoirs)
Manches en ébène, 14 à 15cm
XIXe siècle

Trousse d’instruments (porte-lime, cautères, rugines, syndesmotomes)
Manches en argent, 12 à 15cm
XIXe siècle

Trousse d’instruments (miroir, sonde, cautère, rugines, foret à main)
Manches en nacre, 12 à 14cm
XIXe siècle

instruments rotatifs


Porte-foret
Métal, poignée en ivoire, 18 x 7cm
XIXe siècle

Porte-fraise à manivelle, entrainement à cadran
Manche en ébène, 21cm
Deuxième moitié du XIXe siècle

Angles droits
Métal, manches cannelés en ébène (G) et bakélite (D), 9cm (G) et 13,5cm (D)
Fin XIXe – début XXe siècle

Angles droits
Manches cannelé en bakélite (H) et guilloché en ivoire (B), 14cm chacun
Début XXe siècle

Contre-angles
Métal manche guilloché (H), métal et bakélite (B), 15cm (H) et 13,5 (B)
Début XXe siècle

Contre-angles
Métal, 14cm chacun
Début XXe siècle

Pièces à main
Métal, 14cm chacune
Début XXe siècle

Pièces à main
Métal, 15 à 17cm
Début XXe siècle

instruments de restauration


Ensemble de 4 fouloirs
Métal, 16,5cm chacun
XXe siècle

Ensemble de 3 spatules de bouche
Métal, 17cm chacune
XXe siècle

Porte-amalgames
Métal, 14cm chacun
XXe siècle

Porte-amalgame à tête fixe et ses embouts de diamètres variables
Métal, 13cm
XXe siècle

Autres instruments


Coffret d’endodontie comprenant des limes manuelles et des forets
Métal, 10 x 22cm
XXe siècle

Cautère ovoïde
Métal, 15cm
XXe siècle

Cautère-fouloir
Métal, 15,5cm
XXe siècle

Cautère à pointe
Manche en ivoire, 12,5cm
XIXe siècle

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